07/10/2008
Le président Nicolas Sarkozy devait visiter hier l'usine du constructeur automobile à Sandouville (Seine-Maritime), en compagnie du PDG de Renault, Carlos Ghosn.
Le statut prestigieux des deux visiteurs n'aura obtenu que peu de grâce aux yeux d'une partie des salariés de l'usine, où un millier d'emplois doivent être supprimés dans le cadre d'un plan social.
Modification immédiate de protocole : le président français a renoncé à rencontrer les ouvriers de la chaîne de montage, et a annulé son allocution publique qu'il devait y tenir.
"Malheureusement, j'aurais bien voulu les rencontrer, mais comme il y a un mot d'ordre de grève, c'est difficile de rencontrer les salariés quand ils sont en grève", a expliqué aux journalistes présents Nicolas Sarkozy.
Il faut dire que le statut même de Renault pose problème à ceux qui devront quitter plus tôt que prévu la société : l'Etat y est actionnaire à hauteur de 15% et le profit net du groupe s'est établi en 2007 à 2.734 milliards d'euros.
Sans doute cet abîme entre la puissance du groupe et la précarisation des ouvriers n'a pas échappé au Chef de l'Etat qui devait bien se douter du "protocole de réception" qui l'attendrait quoi qu'il arrive.
Mais derrière le choc des maux économiques existe aussi la bataille des images, tant redoutée par le président français.
L'idée d'être malmené par des grévistes trublions ou d'être filmé, encore une fois, en train de répondre "Casse-toi, connard !" à un impertinent ? Très peu pour lui !
Alors, un autre "protocole" a dû être mise en place : des forces de CRS furent déployées à l'intérieur même de l'usine pour éviter aux salariés CGT de s'approcher de la salle où Nicolas Sarkozy devait s'exprimer.
Une pratique autoritaire plus que sécuritaire, que, de mémoire de syndicaliste, on n'avait pas vu "même en 68, c'est une honte".
Finalement, tout aura été réduit à une simple visite en huis-clos, le bain de foule et le discours étant reporté à jeudi au Salon de l'Automobile.
Sans surprise, on devrait retrouver les caméras à l'intérieur et les manifestants à l'extérieur.
Pour réussir l'impossible quadrature du cercle - passer pour un Président populaire à défaut de l'être réellement - , il faudra sans doute que l'Elysée recentre les visites du Chef de l'Etat vers des destinations plus internationales.
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